L’expression “mode régénérative” ou « mode régénératrice » résonne de plus en plus ces derniers temps. Concept marketing ? Greenwashing ? Mouvement de fond ? De quoi s’agit-il vraiment ? En adéquation avec les tourments de notre époque, la mode se cherche, se questionne et essaie de repenser ses pratiques. Inspirée par le concept d’agriculture régénératrice né dans les années 1980, la mode régénératrice est une approche globale qui vise à changer le secteur textile.
Mode équitable, durable, biologique, circulaire… les concepts s’enchaînent décennies après décennies sans vraiment sembler avoir un impact. Les années 2020 sont donc celles de la mode régénératrice. Il est difficile de dater l’avènement ou la cristallisation de ce concept pour le grand public mais on pourrait associer ses débuts à la création du Fonds Régénératif pour la Nature par le géant du luxe Kering (un grand groupe qui pourrait créer une impulsion dans le secteur). En effet, si des initiatives et des marques s’étaient déjà emparées du principe dans les années 2010, aucun modèle à grande échelle n’avait vu le jour, avant 2021 et la création de ce fonds.
Mais la mode régénératrice c’est quoi au juste ?
L’industrie textile englobe un très grand nombre d’acteurs dans un très grand nombre de secteurs: de la culture des fibres (ou élevage), à la transformation, en passant par le transport, la fabrication des pièces et la marchandisation, la mode a un impact sur les sols, les animaux, l’eau, la qualité de l’air et bien sûr les humains.
La mode régénératrice propose de prendre en considération chacun de ces aspects pour mettre en place des pratiques propres et respectueuses. En allant bien au-delà de la mode biologique, elle vise à capturer le CO₂, à généraliser l’utilisation de produits non-toxiques, à protéger la biodiversité, limiter drastiquement l’appauvrissement et la pollution des cours d’eau, à mieux payer les agriculteurs … Articulés autour de trois piliers (santé des sols, bien-être animal et équité sociale), la mode régénératrice s’attèle à agir sur chacune des étapes qui interviennent dans la fabrication d’un vêtement.
Le point le plus intéressant, est certainement la prise en considération de la diversité des environnements pour bâtir des industries locales résilientes et adaptées. L’idée est qu’il n’existe pas une seule et unique réponse globale mais une multitude de solutions qui doivent se mettre en place en adéquation avec les territoires. Un peu comme pour le principe de la permaculture, les entreprises textiles doivent connaître et étudier où elles sont implantées pour agir de façon pérenne et positive. Une entreprise de teinture en Suède développera donc des solutions différentes d’une entreprise implantée au Portugal car ses enjeux environnementaux ou son tissu économique diffèrent. La mode régénératrice propose donc de déconstruire le système mondialiste actuel pour construire un système à échelle humaine qui fonctionne avant tout en respectant le vivant.
Et le consommateur dans tout ça ?
Le consommateur, lui, n’est pas en reste. Selon les principes de la mode régénératrice, le produit fini qui lui est proposé se doit d’être solide et durable, réparable, démontable ou recyclable. L’acheteur doit savoir précisément ce qu’il achète grâce à des informations claires sur la composition des matières et la traçabilité du produit (de la fibre à sa mise en vente). L’idée est donc d’acheter moins de vêtements en privilégiant des pièces durables et utilisables plus longtemps. Pour l’instant, il n’existe pas de véritable label qui certifie la mode régénératrice. Aux États-Unis, le label appelé ROC pour Regenerative Organic Certified se focalise sur l’agriculture textile et la régénération des sols. Fondé par la marque Patagonia, il semble être le plus exigeant et le plus transparent. Fibershed est un autre label, américain lui aussi, qui commence à s’implanter en Europe. Son objectif est de développer des réseaux d’agriculteurs et d’artisans locaux pour fournir des fibres régénératrices et régionales aux industries textiles proches. De nouveaux labels spécialisés autour de laine ou de la capture de carbone engendré par l’industrie textile sont actuellement en cours de développement mais il faudra encore attendre pour qu’un étiquette universelle voit le jour.
La mode régénératrice en est encore à ses balbutiements.
Utopiste ? Peut-être. Mais avouons que le principe a le mérite de poser le doigt sur de nombreuses problématiques actuelles. Repenser le fonctionnement intrinsèque de ce mastodonte qu’est la mode est un défi qui semble insurmontable. Mais peut-être que la clé réside justement dans le démantèlement d’une industrie devenue trop grosse, trop polluante et trop excessive en fort besoin d’une bonne piqûre de réalisme.
Photo: Ruveyda

