
@National Gallery of Art
Le peintre français Jean-Antoine Watteau (1684‑1721) occupe une place singulière dans l’histoire de l’Art … et de la mode. C’est, en effet, l’un des premiers peintres à avoir transformé le vêtement, et plus précisément le pli textile, en un vérital sujet pictural. À travers ses “fêtes galantes” et ses portraits de salon, il met en scène les soies, brocarts et cotonnades qui habillent la haute société de son époque en mettant le pli à l’honneur.
Le pli comme signe de modernité
Dans les décennies qui suivent la mort de Louis XIV, la robe de cour s’allège et la “robe à la française” devient la pièce emblématique de la noblesse et de la nouvelle bourgeoisie cultivée. Ornant le dos de larges plis plats, ce sont précisément ces détails, maîtrisés et harmonieusement espacés, qui ont été désignés plus tard par les historiens de la mode sous le nom de “plis Watteau”.
Watteau n’a pas inventé ces plis, mais il les a observés, stylisés et valorisés au point de leur donner une dimension presque architecturale. Dans son tableau L’Enseigne de Gersaint (1720), la jeune femme vue de dos, porte une robe rose qui exprime le mouvement du tissu et son caractère sculptural. Antoine Watteau y représente précisément les plis qui porteront son nom, tout en parvenant à dépeindre l’incroyable richesse de l’étoffe qui capte la lumière.
Ce qui est fascinant, c’est que toutes ses oeuvres reflètent son regard aiguisé pour le textile. Qu’il s’agisse de ses tableaux ou de ses illustrations de mode, il exprime toujours la matérialité du textile avec justesse. Et comme une obsession, le pli y a toujours une place de choix.


Imprimeur Pierre Charles Trémolière
@Rijskmuseum

Imprimeur Charles Dupuis
@Rijksmuseum

Imprimeur François Boucher
@Rijksmuseum
‘Plis Watteau’ : un nom donné après coup
Contrairement à une idée répandue, le terme “plis Watteau” n’existe pas durant la vie de l’artiste ; il est forgé au milieu du XIXᵉ siècle par les historiens du costume, qui tiennent à rendre hommage au regard singulier du peintre sur le vêtement. Les contemporains de Watteau parlent simplement de “plis” ou de robe à la française. Mais il est perçu très vite comme l’artiste qui donne une forme particulière au plissage.
Son point de vue est si unique, qu’en 1717, l’Académie française crée une nouvelle catégorie de peinture appelée « fête galante », spécialement pour décrire ses œuvres.
Jean-Antoine Watteau fait basculer le pli textile du statut de détail technique à celui de véritable figure esthétique. Il devient une référence pour la compréhension du volume, du mouvement et de la lumière dans le vêtement, faisant de Watteau un précurseur dans l’histoire croisée de la peinture, de la mode et du textile.

‘La proposition embarrassante’ – Jean-Antoine Watteau – 1715
@Hermitage Museum

Les mémoires du pli – Vol.01
Les cahiers du textile



