
Jersey simple blanc pur, mélange viscose-synthétique.
@Staatliche Museen zu Berlin, Kunstgewerbemuseum / Stephan Klonk
Née à Paris en 1903, Madame Grès, de son vrai nom Germaine Krebs, est une véritable artiste de la mode. Icône de la Haute Couture française, son approche du drapé et du plissé est tout simplement révolutionnaire. Formée aux Beaux-Arts de Paris, son premier amour est pour la sculpture. Traitant le tissu comme de l’argile, ses créations dessinent le corps comme un volume à révéler.
Des débuts compliqués
Germaine Krebs fait ses débuts dans la mode (sans vraiment savoir coudre !) en 1933. Elle se lance d’abord avec une associée, se fait appeler Alix et commence déjà à imposer sa vision. Mais la collaboration ne dure pas, alors elle se lance seule.
C’est en 1935 que Germaine Krebs crée sa maison de couture. Mariée à un artiste, elle joue avec le pseudonyme de son mari pour adopter le nom sous lequel le monde de la Mode la connaît encore aujourd’hui: Alix Grès. Son style est épuré, son inspiration nourrie par l’Antiquité grecque.
Au retour de la seconde guerre mondiale, à peine quelques années après ses débuts, elle perd tout: son entreprise, l’appellation ‘Madame Grès’ et sa boutique du Faubourg Saint-Honoré à Paris.
Alix Grès renaît une fois de plus de ses cendres et fonde Grès, la maison de couture qu’elle dirigera jusqu’en 1988.


@Nordiska museet

Faille d’acétate noire
@Staatliche Museen zu Berlin, Kunstgewerbemuseum / Stephan Klonk

Sculpter le pli
Les créations de Madame Grès sont la somme d’un travail entièrement manuel, d’une précision extrême et d’un procédé unique. Alors qu’elle aimait dire ne jamais dessiner ou coudre, c’est une véritable bête de travail. Elle drape directement sur mannequin, étudie le rendu, modifie, puis coupe avec précision. Chaque pli est alors fixé pour épouser parfaitement le corps de la cliente. Loin des standards de la Mode et loin des tendances qu’elle abhorre, Madame Grès s’attache à faire de chaque vêtement une pièce unique difficilement reproductible. Sa technique, qu’elle idéalisait sans coutures, crée des volumes asymétriques ou des drapés moulants, sans superflu.
Avec le jersey de soie comme matière de prédilection son procédé est proche du moulage en sculpture. Ce tissu souple mais exigeant, qu’elle fait fabriquer sur ses recommandations, lui permet un ajustement millimétré des plis sur le corps. Chaque vêtement peut alors comporter des centaines de petits plis cousus à la main, tenant par la seule tension du tissu et l’intelligence de sa construction.
Le « pli Grès » transforme radicalement l’essence du tissu. Précis, il crée, sans alourdir le vêtement, un effet souple et sculptural.
La marque de fabrique de la couturière : une succession de plis plats pris dans le droit fil tous les 3 cm. D’une profondeur constante de 1,5 cm ces plis sont cousus à l’envers et dépassent de 2 mm à l’endroit. […] Les 280 cm de l’étoffe sont réduits à 7 cm de large grâce à la technique inimitable de la couturière.
Extrait du dossier pour l’exposition »Madame Grès, la couture à l’oeuvre » – Musée Bourdelle, 2011
Plus qu’une signature, le pli est LE language de Madame Grès. Avec lui, elle exprime son amour du corps, des volumes et des formes. Elle joue à révéler ou à cacher. Elle insuffle le mouvement, dessine la Mode autrement
Une modernité intemporelle
Souvent vêtue d’un turban et col roulé, Alix Grès est reconnue de tous comme une créatrice hors-normes. Pionnière de l’esthétique minimaliste, elle s’efforce à sublimer le corps en jouant avec les lignes. Artiste à part entière, son style architecturale n’est pourtant que délicatesse. Son savoir-faire, toujours au service de la simplicité, a créé des pièces intemporelles d’une incroyable modernité.

« Madame Grès, musée Bourdelle, Paris » par Flavia_FF sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

Pour aller plus loin
« Madame Grès : Le sphinx de la Haute Couture »
par Anne Graire



